04 septembre 2011

Pondy-Kanchipuram-Arni-Pondy: le cri de la soie

La quête...

difficile...

Je m'imagine, si j'étais indienne, fraichement débarquée à Paris, demander à mon chauffeur de taxi de m'aider à trouver une boutique où acheter des vêtements de qualité, qui ne soit ni rue de Rivoli, ni Avenue Montaigne, et lui demander de me conduire dans une région éloignée qu'il ne connait pas... ?

Oui, c'est difficile...

 

Donc, le 30 juillet 2011, dans les terres du Tamil Nadu, vers la fin de l'après-midi, roulait un taxi sur de mauvaises routes. Il régnait dans ce taxi une ambiance fortement dégradée, son chauffeur ne savait pas ce qu'il cherchait, refusait d'aller où il n'était jamais allé. A l'arrière du véhicule, une française, seule à se comprendre, assoiffée et fatiguée, persistait à imposer une direction après moultes cuisants échecs. Dans la précédente échoppe, une indienne lui avait dit: "What are you doing here? There is nothing for you in this shop!" Pourtant elle savait que ce type de propos annoncent que l'on est sur la bonne voie, qu'ils sont signe qu'on s'extrait (à grand peine) de la culture de masse, et des canyons creusés par et pour le tourisme.
Mais elle doutait.
Et elle se remémorait ses fabuleuses trouvailles à Java.
Et elle se remémorait les propos défaitistes. Ils ont peut être tous raison. 

 

 

carnet de voyage 2

 

Et les saris claquent, et la lumière jaillit. 

Lorsqu'on ouvre d'un coup sec un coupon de soie de qualité, il se produit dans l'air une sorte de crissement sonore et un éclair de lumière.

Il existe un mot allemand pour désigner cela: "seidenschrei", littéralement, le cri de la soie.

C'est exactement ce qui est arrivé à l'intérieur d'une maison sans devanture à Arni, au coucher du soleil.
Le vendeur de ce magasin d'état a repéré le batik indonésien que je portais autours du cou et a compris pourquoi j'étais là.

Il me présente au maître tisseur et je lis dans son regard la douceur un peu voilée mais profonde que je connais dans le regard de mon maître teinturier japonais.

Nous n'avions plus besoin de mots pour parler, la soie criait pour nous. 

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300 tisserands travaillent dans cette coopérative. Ils produisent des saris de soie, qui sont tous des pièces uniques numérotées et signées par leur artisan. Chaque sari représente plusieurs semaines de travail.

Ces saris vont donner lieu à un projet spécial de pièces uniques. En attendant, si vous passez à mon atelier-boutique 34 rue des Petites Ecuries, Paris 10, il m'arrive si on me le demande, de faire crier la soie et partager ainsi quelques trésors.

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Posté par marielabarelle à 17:59 - - Permalien [#]